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Urgence

Surdose d’opioïdes — l’essentiel

La surdose d'opioïdes, c'est une dépression respiratoire d'origine opioïde — une urgence des voies aériennes et de la respiration avant d'être une urgence « médicamenteuse ». La seule menace vitale est l'hypoventilation qui mène à l'hypoxie, puis à l'arrêt respiratoire et cardiaque. La priorité infirmière est de reconnaître le toxidrome (dépression du SNC + dépression respiratoire + myosis), de soutenir l'oxygénation et la ventilation, et de donner la naloxone selon le protocole titrée pour rétablir une respiration spontanée adéquate — pas l'éveil complet.

Reconnaître (signes d’alarme)

  • La triade classique : pupilles en pointe d’épingle (myosis) + baisse de l’état de conscience + respiration lente et superficielle après une exposition opioïde suspectée
  • Bradypnée marquée (souvent FR <12/min, sévère à <=8/min) ou respiration agonique/apnée — c’est le moteur principal
  • Cyanose des lèvres et des doigts; ronflement, gargouillement ou bruits d’obstruction des voies aériennes par les tissus mous
  • Resédation : la respiration ou l’état de conscience qui se détériore de nouveau après une amélioration initiale signifie que l’opioïde a dépassé la durée d’action de la naloxone
  • Personne inconsciente, sans respiration normale et sans pouls = débuter la RCR et appeler un code; si le pouls est présent mais la respiration inadéquate, ventile et donne la naloxone — pas de compressions

Seuils clés

Naloxone (IV/IM/SC)
0,4 mg, répéter aux 2-3 min selon le protocole
Naloxone (intranasale)
4 mg/0,1 mL, alterner les narines
Titration IV à faible dose
0,04-0,1 mg chez les personnes opiodépendantes connues (selon le protocole)
Durée d’action de la naloxone
~30-90 min (plus courte que bien des opioïdes)
Cible de réévaluation
FR qui monte vers >=10-12/min, SpO2 et état de conscience qui s’améliorent
Aucune réponse au total
~10 mg de naloxone → reconsidérer le diagnostic, escalader
Surveillance (opioïde longue action)
~6-12 h pour la resédation (à vérifier selon le guide)

Actions infirmières prioritaires

  • Ouvrir et soutenir les voies aériennes d’abord : bascule de la tête/soulèvement du menton ou subluxation de la mâchoire, aspiration, et ventilation au ballon-masque à 100 % d’O2 pour FR <8 ou apnée quand le pouls est présent
  • Donner la naloxone SELON L’ORDONNANCE/le protocole, titrée pour obtenir une respiration spontanée adéquate (FR ~10-12/min), pas l’éveil complet — choisir la voie selon l’accès (IV la plus rapide)
  • Appliquer les règles d’administration même sous pression, et réévaluer FR, SpO2 et état de conscience après chaque dose
  • Répéter la naloxone aux 2-3 minutes si la respiration ou l’état de conscience ne s’améliore pas; déclencher l’équipe d’intervention rapide ou un code au besoin
  • Garder la personne sous surveillance pour la resédation, la positionner pour prévenir l’aspiration, et organiser une naloxone à domicile et un lien vers un traitement de l’opiodépendance avant le congé

Pièges fréquents NGN / NCLEX

  • Attendre que la naloxone « fasse effet » au lieu de ventiler — la ventilation est l’intervention prioritaire
  • Pousser un gros bolus de naloxone pour réveiller complètement une personne dépendante — risque de sevrage précipité sévère, de vomissements et d’aspiration
  • Donner congé ou laisser la personne après une seule dose — la resédation est le piège mortel, la naloxone agissant moins longtemps que bien des opioïdes
  • Traiter le chiffre de SpO2 plutôt que la ventilation, ou croire que des pupilles normales excluent les opioïdes alors qu’il y a co-ingestion
  • Débuter des compressions chez une personne qui a un pouls — ventile et donne la naloxone à la place
Pour infirmières en exercice

Ce qui a changé (si ta formation date)

  • Les opioïdes synthétiques illicites (fentanyl) et les expositions polysubstances (opioïde + stimulant) dominent maintenant les surdoses, et les comprimés contrefaits sont fréquents (CDC).
  • Le point d’enseignement, c’est la durée d’action de la naloxone (~30-90 min), pas sa demi-vie — c’est ce décalage qui rend la resédation possible.
  • La consigne est « donne la naloxone et appelle le 911 — n’attends pas de voir »; titre selon la ventilation, pas l’éveil complet, surtout chez les personnes dépendantes.
  • La réduction des méfaits fait maintenant partie du rôle infirmier : fournir une naloxone à domicile, enseigner à éviter les mélanges opioïde + alcool/benzodiazépine, et organiser un lien rapide vers un traitement de l’opiodépendance.

Au chevet (à ne pas oublier)

  • Ventile avant et pendant la naloxone — ne retiens pas la ventilation au ballon-masque en attendant que le médicament agisse.
  • Titre selon la respiration, pas selon un réveil complet : la cible est une respiration spontanée adéquate (FR ~10-12/min et SpO2 en hausse), ce qui limite le sevrage précipité.
  • Prévois la resédation : les opioïdes à longue action ou à libération prolongée (méthadone, oxycodone LP, fentanyl transdermique) exigent une surveillance prolongée et parfois des doses répétées.
  • Tiens tout opioïde prévu et les co-médicaments sédatifs (benzodiazépines) et avise le prescripteur si FR <=12/min ou si la personne est trop sédationnée.
  • La naloxone est à haut risque pour l’exactitude de la dose et l’agitation brutale, mais ce n’est PAS un vésicant — aucun antidote d’extravasation n’est requis; une surveillance standard du site IV suffit.
  • En l’absence de réponse après ~10 mg de naloxone au total, reconsidère une cause non opioïde ou mixte et escalade vers la toxicologie/le prescripteur — cette décision relève du prescripteur, pas d’un ajustement de dose infirmier.

Références clés

  1. 2023 Focused Update on Cardiac Arrest / Toxicity Due to Poisoning, Circulation (AHA), 2023
  2. Naloxone — StatPearls, NCBI Bookshelf, 2024
  3. Opioid Toxicity — StatPearls, NCBI Bookshelf, 2024
  4. Davis's Drug Guide for Nurses — Naloxone monograph, F.A. Davis, 2024
  5. Lewis's / Brunner & Suddarth's Medical-Surgical Nursing — poisoning emergencies, 2023

Sources: D’après la mise à jour ciblée 2023 de l’AHA en toxicologie, la fiche d’information de l’OMS 2024 sur la surdose d’opioïdes, BMJ Best Practice (2024), le CDC et StatPearls (Naloxone / Toxicité opioïde, 2024).

Mise à jour 2026-06-19 · À des fins de formation infirmière seulement. Suis toujours les protocoles de ton établissement et les lignes directrices à jour.

Questions rapides

Quelle est la première action infirmière devant une surdose d’opioïdes suspectée ?

Soutenir d’abord les voies aériennes et la ventilation. Ouvre les voies aériennes, aspire au besoin et ventile au ballon-masque à 100 % d’oxygène en cas d’apnée ou d’une fréquence respiratoire sous 8 quand le pouls est présent — puis donne la naloxone selon le protocole. La ventilation est l’intervention prioritaire; ne la retarde pas pour la naloxone.

Pourquoi titrer la naloxone selon la respiration plutôt que selon l’éveil complet ?

L’objectif est une respiration spontanée adéquate, pas un réveil complet. Pousser une forte dose pour réveiller complètement — surtout chez une personne dépendante — peut provoquer un sevrage sévère, de l’agitation, des vomissements et de l’aspiration. Titre vers une fréquence respiratoire d’environ 10-12/min avec une SpO2 en amélioration.

Pourquoi surveiller après que la naloxone a fait effet ?

La durée d’action de la naloxone (~30-90 min) est plus courte que celle de bien des opioïdes, surtout les formes à longue action et à libération prolongée — la personne peut donc se resédationner et cesser de respirer de nouveau. Garde-la sous surveillance et sois prête à redonner une dose; ne lui donne jamais congé après une seule dose.

Pratique cette affection comme une situation complète.

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