Sepsis — l’essentiel
Le sepsis est une dysfonction d'organe potentiellement mortelle due à une réponse dérégulée à une infection. Pour l'infirmière, c'est l'urgence type « reconnaître et agir » : repérer tôt les indices systémiques, escalader vite, et exécuter le bundle de la 1re heure avant que la perfusion ne bascule en choc septique.
Reconnaître tôt (signes d’alarme)
- Confusion nouvelle ou altération de l’état mental avec infection probable
- Fréquence respiratoire ≥ 22/min, TAS ≤ 100 mmHg (dépistage qSOFA — 2 sur 3)
- Peau marbrée ou grisâtre, remplissage capillaire prolongé, débit urinaire en baisse
- Fièvre OU hypothermie avec tachycardie dans une infection connue/suspectée
Seuils clés
- qSOFA (dépistage au chevet)
- FR ≥ 22 · TAS ≤ 100 · état mental altéré (≥ 2 = risque élevé)
- Cible de PAM
- ≥ 65 mmHg
- Indication du bolus
- 30 mL/kg de cristalloïde si hypotension OU lactate ≥ 4 mmol/L
- Choc septique
- Besoin de vasopresseur pour PAM ≥ 65 ET lactate > 2 malgré les liquides
Actions infirmières prioritaires (bundle 1 h)
- Prélever lactate et hémocultures AVANT les antibiotiques
- Installer un accès IV de gros calibre ; débuter le bolus prescrit de 30 mL/kg
- Administrer les antibiotiques à large spectre selon l’ordonnance, sans délai
- Installer une sonde urinaire pour le débit horaire ; viser une PAM ≥ 65
- Escalader avec un SBAR en boucle fermée vers l’équipe d’intervention/le prescripteur
Pièges fréquents NGN / NCLEX
- Donner les antibiotiques avant les hémocultures (les cultures d’abord)
- Traiter le qSOFA comme un diagnostic — c’est un dépistage, pas la référence
- Surévaluer les leucocytes/bandes (indices SIRS, pas des critères Sepsis-3)
- Bolus aveugle chez le patient insuffisant cardiaque/rénal — réévaluer, ne pas sur-réanimer
Ce qui a changé (si ta formation date)
- Le qSOFA est maintenant un dépistage au chevet, pas une référence diagnostique — on privilégie un score de surveillance (NEWS2/MEWS) plus le jugement clinique.
- Le bolus de 30 mL/kg est passé de recommandation forte à faible — réévalue la réponse plutôt que de bolus à l’aveugle, surtout chez l’insuffisant cardiaque/rénal.
- Les guides récents ajoutent la dé-réanimation (retrait planifié des liquides après stabilisation) et la continuité des soins/réadaptation après un sepsis.
- Les critères SIRS (leucocytes, bandes) sont des indices de dépistage — pas des critères de dysfonction d’organe Sepsis-3.
Au chevet (à ne pas oublier)
- Les cultures d’abord, vraiment : un antibiotique retardé se rattrape ; une hémoculture contaminée/manquée après antibiotiques, non.
- Documente le regroupement d’indices et l’heure de ton escalade — un SBAR clair et horodaté protège le patient et toi.
- Suis la clairance du lactate et le débit urinaire horaire comme signaux « est-ce que ça marche ? » ; un lactate qui monte ou une oligurie justifie d’escalader.
- Un relais de noradrénaline en périphérie est acceptable à court terme le temps d’obtenir un accès central — surveille le site (la phentolamine est l’antidote de l’extravasation).
- Chez l’insuffisant cardiaque ou le patient dialysé, « réévaluer, ne pas sur-réanimer » est le bon réflexe.
Références clés
- Surviving Sepsis Campaign — International Guidelines for Sepsis and Septic Shock, SSC (SCCM/ESICM), 2021
- Third International Consensus Definitions for Sepsis and Septic Shock (Sepsis-3), JAMA, 2016
- NICE NG253 — Suspected sepsis: recognition, diagnosis and early management, NICE (UK), 2024
- WHO — Guidelines on the Clinical Management of Sepsis, WHO, 2024
- Lewis's / Brunner & Suddarth's Medical-Surgical Nursing — Shock, SIRS & MODS, 2023
Sources: D’après la Surviving Sepsis Campaign (2021/2026), Sepsis-3 (2016) et NICE NG253 (2024).